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Les moches s’habillent en Prada

avril 21st, 2010 1 comment

Rina Bovrisse, 36 ans, clame partout qu’elle s’est faite virée de Prada Japon, parce qu’elle était trop laide. Cette ex-employée de la maison de couture italienne, a engagé une action en justice contre Prada Japon, pour licenciement abusif, afin de demander sa réintégration et bien évidemment des dommages et intérêts.

Derrière l’affaire juridique se cache un réel problème de société japonais, que Rina Bovrisse (elle est mariée à un français) a parfaitement compris : « Au Japon, (…) l’environnement au travail n’est pas aussi protégé qu’à l’étranger. ». Et encore plus, lorsqu’on est une femme.

Mme Bovrisse représente toutes celles qui se sont faites reprocher d’être « âgées, moches, grosses, d’avoir une mauvaise denture, et de ne pas être mignonnes » par la direction de Prada Japon. Un responsable a même poussé le vice jusqu’à dire à Rina « qu’il avait honte de sa laideur » ! La pauvre sanglote en racontant l’anecdote. Bien évidemment, Prada Japon ne donne pas suite aux accusations de vouloir pousser ces employées à la démission.

Pauvres Japonaises ! Pour peu qu’elles travaillent chez Prada, qu’elles se fassent dégager parce qu’elles ont la dentition de Shane McGowan, et qu’elles décident, pour se remonter le moral, de se faire un voyage en France… Boum, et c’est le syndrôme de Paris qui frappe !

Nina Nastasia - Ugly Face

Bonus : en tapant « Japonaise » sur Google, le navigateur nous propose des choix bien étonnants…

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Amélie Poulain fout le bourdon aux Japonais

avril 5th, 2010 2 comments

Paris. Sa Tour Eiffel, ses bateaux mouches, Montmartre, le Sacré Cœur… Une ville magnifique qui attire et subjugue des millions de touristes. Mais gare ! La déprime rôde…

Certains touristes japonais sont frappés par le Pari shōkōgun, le «syndrome de Paris», qui se traduit par un sentiment de mal-être voire de dépression.

C’est le docteur Hiroaki Ōta, psychiatre au centre hospitalier Sainte Anne à Paris, qui a créé le terme « Syndrome de Paris » en 1991. Selon lui, c’est le décalage entre l’image que se font les Japonais de la France, au travers de films comme Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain et son Montmartre totalement fantasmé, et une réalité bien plus morose, qui serait une des causes de ce mal-être ! Faute également aux magazines japonais qui idéalisent la capitale française.

Les touristes japonais sont également confrontés au fossé qui existe entre nos deux cultures.  Voici ce que les nippons ne supportent pas chez nous, les gaulois : nous exprimons ouvertement nos opinions, nous coupons la parole et quand nous sommes en désaccord, nous le faisons savoir ! Tout le contraire de l’éthique japonaise. Sans parler de l’attitude jugé trop latine (lourde) des hommes français envers les japonaises… Le «syndrome de Paris» peut aller dans de rares cas jusqu’à l’hospitalisation et le rapatriement.

Quelques chiffres qui relativisent le propos : de 1988 à 2004, 63 patients ont été hospitalisés dans le service du docteur Ōta. Après un traitement d’une durée moyenne de deux semaines, tous ont été rapatriés, de préférence avec un membre de leur famille. Sur ces 63 patients, 48 présentaient des troubles schizophréniques ou psychotiques, 15 présentaient des troubles de l’humeur.

Le «syndrome de Paris» a inspiré le nom et le thème d’une nouvelle de Philippe Adam, qui affirme qu’on « rend assez mal aux Japonais l’affection qu’ils portent pour la France ». Et la réalisatrice japonaise Saé Shimaï en a fait un court métrage en 2008.

Yann Thiersen - La Valse d’Amélie

Les Japonais émus par la plume anonyme d’un poète sans abri

mars 19th, 2009 No comments

Ils sont de plus en plus visibles. Mais les passants les croisent sans apparemment les voir. Indifférents, gênés. Leurs ombres furtives, miséreuses, çà et là dans les gares ou les parcs, rappellent inopinément à beaucoup leurs propres difficultés. Leur souffrance semble désincarnée. Ils ne mendient pas et survivent des rebuts de la société de consommation. Cette société les ignore et, eux, les sans-abri des grandes villes japonaises, ils s’en sont détournés. Deux mondes se côtoient et font mine de ne pas se voir.

D’autant plus troublante, une voix s’élève de ce monde des “naufragés” de la prospérité. Depuis la fin de l’année 2008, le quotidien Asahi publie des courts poèmes d’un auteur sans abri resté anonyme. Et, sans doute pour la première fois, les lecteurs de ce journal découvrent à travers ses mots ce “peuple d’en bas” qui, la nuit, dort dans des cartons aux pieds de ceux qui se pressent pour ne pas rater le dernier métro.

Comme d’autres journaux, Asahi a une rubrique poétique dans laquelle sont publiés des poèmes du genre classique waka, courts et à la beauté austère et mélancolique, envoyés par des lecteurs qui ont été sélectionnés par un jury. Les concours de poèmes relèvent d’une tradition millénaire au Japon. Et les quotidiens l’ont poursuivie. Au nombre de lettres d’encouragement que reçoit l’Asahi, les poèmes de cet homme déchu, à la rue, ont ému plus d’un lecteur.

LA CHANSON DE GRÉCO

“Habitué à vivre sans clés, je passe la nouvelle année. De quoi d’autres dois-je encore me dessaisir ?” “Cette rue s’appelle la rue des enfants infidèles. Moi je n’ai ni parents ni enfant.” “L’homme ne vit pas seulement de pain, mais moi je passe ma journée avec le pain distribué…” A la belle étoile, cette chanson de Juliette Gréco dont les paroles sont de Jacques Prévert et la musique de Joseph Kosma, a bercé son sommeil : “M’endormant sous un ciel étoilé, j’ai entendu la chanson de Gréco. Ce n’était qu’une illusion…”

Le poète anonyme signe ses textes du pseudonyme de Koichi Koda, mais la rubrique “adresse” qui accompagne la publication du poème, normalement obligatoire, comporte la simple mention : “sans”. L’auteur vit probablement dans le quartier de Kotobuki-cho, à Yokohama, l’un des bivouacs aux minables hôtels pour journaliers, l’une de ces trappes de la ville vers lesquelles refluent les sans-abri.

L’écriture soignée et la référence à la chanson de Juliette Gréco (qui date des années 1950) donnent à penser que l’homme est cultivé et doit être âgé de plus de 70 ans. A la suite de la publication de ses poèmes par Asahi, l’anonyme poète en a envoyé un autre : “Lisant l’article à mon propos comme s’il s’agissait de quelqu’un d’autre, les larmes me sont montées aux yeux.”

Le quotidien l’a appelé à se faire connaître, ne serait-ce que pour lui remettre la petite rémunération qui accompagne la publication d’un poème. “Je suis touché par votre gentillesse, mais pour le moment je n’ai pas le courage d’entrer en contact avec vous”, a-t-il répondu.

Philippe Pons

Source : Le monde.fr

Juliette Greco - A la belle étoile